REGARD SUR CENTURI

 

 

 
Un territoire d’étendue modeste (860 ha), nettement plus faible que celle des deux communes limitrophes de Morsiglia (1334 ha) et Ersa ( 2044 ha) mais auquel le cadre géographique et l'histoire ont conféré un intérêt particulier, qui ne se dément pas aujourd'hui, tout au contraire, mais d'une autre façon.


1- LE CADRE NATUREL :


Une alliance rare de la mer et de la montagne, à l’extrémité nord occidentale de la péninsule du Cap Corse.

A - les grands éléments naturels

tels qu'ils apparaissent du col de la Serra (361m) authentique belvédère et un des plus
grandioses panoramas de Corse.
La nature et Centuri ; situation et site, dans leurs relations complémentaires. L'importance
de la courte interface littorale de Centuri, tant au point de vue de l’accessibilité par la mer
qu’a celui de l'implantation d'un port, à partir de la crique, relativement profonde et assez
vaste (comparée à ce qui existe dans les parages...) qui a accueilli le port actuel. A quoi s’a
joute un environnement immédiat très propice ( l’Ilot de Capense, une vrai digue naturelle,
et la rade de l’ « Arcu di l’Isola ») et à l'arrière, un glacis certes caillouteux qui entre en
contact avec les premières hauteurs par un piedmont vite assez raide. Ce glacis est
traversé par le seul ruisseau de quelque importance du territoire de Centuri. ( ruisseau de
Levilla - Pastricciola - Mute-Mezzane
). Cette présence d'eau a été de première
importance pour l'implantation humaine ancienne, notamment romaine.
Noter aussi que l'arrière-pays n'est pas trop difficile à pénétrer, ce qui facilitera les relations
par la terre des deux côtés du nord du Cap Corse.

Au total : un contexte naturel absolument unique, de la bonne du Cap Corse jusqu'à
Saint Florent, à quoi s'ajoute la valeur stratégique de la situation, à peu de distance de
l’ancien « Sacrum Promontorium », lequel contrôle le passage Méditerranée-Tyrrhénienne, qu'il deviendra une des clés du « Mar Nostrum » romain.

Un point d’ombre néanmoins : La dangerosité des parages du Cap Corse stricto sensu,
pour la navigation aérienne en particulier (violences et fréquence des grosses mers
d’ouest et Nord-Ouest (60 jours de calme par an). D’ou, l'appellation romaine de « Sacrum
Promontorium », « Sacrum »
devant être pris ici dans le sens de « maudit des dieux »,
très dangereux (id. pour la version grecque de « Ieron Akron »).

B – Les grands traits de l'histoire concernant Centuri

- Traces d'implantation humaines remontant au néolithique. Trace dans la toponymie.
– Un fait majeur : implantation romaine.
Elle pourrait logiquement remonter aux guerres puniques (IIIe et IIe siècle avant J.-C.) et à
la lutte sans merci que se livrèrent Carthaginois ( les « Poeni » des Rouxins )et Romains
pour la maîtrise de la Méditerranée. Cette lutte, on le sait, se termine par la destruction
intégrale de Carthage par les romains, en146 av. J.-C..
Témoignages (exemples) :
– Le lieu-dit « Civita », contraction de « Centuri » num Civitas « une des 33 « cités * » dénombrées par Pline l’ancien, Ier siècle après J.C), dit aussi, « Centurinum Oppidum », les deux dénominations se rapportant à un lieu fortifié
(cf.aussi « Cincturia » : lien ceint) ;
- Le ld « Lugo » (locus), bois sacré pour l'initiation magique ;

Cette implantation prendra fin sans doute au début du Ve siècle après J.-C. au moment où
les barbares ( Vandales, Goths etc ) , déferlent sur l’empire romain. Aleria est détruite au
Ve siècle après Jésus-Christ. D’où le perchement progressif de l'habitat sur l'arrière-pays.

– Aux siècles suivants : L’ épisode byzantin ( milieu VIe siècles et VIIe siècles) naissance
de la féodalité local d’origine génoise, ici, les Da Mare (XIIe - XVe siècles), le Cap Corse
devenant « province génoise » jusqu’en 1768, en passant par les guerres d’indépendance
Paolines ; la Corse d'Ancien régime, la révolution et l'empire, la restauration, le second
Empire et la 3e République, Centuri n'a pas échappé à l’histoire. On pourra le voir à
travers certains exemples, plus loin, tout en maintenant, jusqu'à la fin du XIXe siècle, des
liens assez étroits avec l’Italie, sur le plan économique traditionnel et même culturel.
( on fait encore parfois ses études médicales à Pise).

* sens de circonscription administrative 

texte de Mr Palmieri Joseph.